Troubles du sommeil, angoisses, flash-back: les catastrophes naturelles laissent des traces invisibles. A Blatten, après les crues de Sierre ou la tempête à La Chaux-de-Fonds, les habitants en subissent les effets psychiques. L’anxiété liée aux événements climatiques progresse dans les régions touchées, alertent les experts.
Un peu plus d’un mois après l’évacuation puis l’ensevelissement du village haut-valaisan de Blatten, la reconstruction ne concerne pas seulement les maisons. La population aussi doit se reconstruire psychologiquement.
Suite à la catastrophe, une cellule psychologique a rapidement été mise en place. Mais après un tel choc, les habitantes et habitants doivent aussi apprendre à vivre avec cette perte au quotidien, ce qui n’est pas toujours évident, selon le président du Conseil de la vallée du Lötschental Christian Rieder.
« Un petit incident met une semaine à s’évacuer. Mais ici, on parle d’un événement qui survient une fois tous les mille ans. Ça prend du temps et on voit apparaître des symptômes », a-t-il expliqué lundi au micro de La Matinale de la RTS.
![Le village valaisan de Blatten dans la vallée du Lötschental enseveli. [KEYSTONE - JEAN-CHRISTOPHE BOTT] Le village valaisan de Blatten dans la vallée du Lötschental enseveli. [KEYSTONE - JEAN-CHRISTOPHE BOTT]](https://www.sierre.net/wp-content/uploads/2025/07/apres-les-catastrophes-naturelles-le-long-chemin-de-la-guerison-psychologique.jpg)
Tristesse, angoisses, insomnies ou pertes d’appétit
Certains évoquent beaucoup de tristesse, des angoisses, des insomnies ou des pertes d’appétit. Et parfois une difficulté à se rendre compte que tout cela est bien réel.
A la demande de certains habitants, la cellule de crise du Lötschental a organisé des survols de la zone de Blatten samedi dernier. Une centaine de personnes y ont pris part pour « prendre conscience » réellement de ce qui s’est passé, explique le chef de la communication de l’état-major de crise du Lötschental Jonas Jeitznier.
« Pour ceux qui l’ont demandé, c’était certainement important. C’est une manière de surmonter leur deuil, de comprendre ce qui s’est passé et de mesurer l’ampleur de la catastrophe. Mais tout le monde ne veut pas survoler la zone. Certains disent ‘Je ne peux pas encore’. Peut-être plus tard, dans une deuxième phase; mais pour l’instant, ils ne veulent pas voir ce qui s’est passé. »
>> Revoir le sujet de Temps Présent auprès des habitants de Blatten :
A Sierre, un an après, les séquelles persistent
Les inondations du quartier de Sous-Géronde, à Sierre en juillet 2024, montrent que les répercussions psychologiques peuvent s’inscrire dans la durée. Sur les 150 personnes qui ont perdu leur logement, un peu plus d’un tiers a eu recours à un soutien psychologique. Et pour certaines, à l’image d’Antonietta Sido, les traumatismes sont encore bien présents.
« Après une année, je suis suivie par les psychologues. La nuit, je me lève encore pour aller au balcon parce que j’étouffe. Ma fille aussi. Et mon petit-fils est suivi à cause de crises d’angoisse », racontait-elle fin juin 2025 au micro de l’émission Forum.
>> Ecouter son témoignage dans la page spéciale « Un an après les inondations » de Forum le 27 juin dernier :
>> Relire aussi : Deux semaines après la crue, l’émotion reste vive pour ceux qui ont perdu leur logement à Sierre
Et Antonietta Sido n’est pas la seule à ressentir des stigmates encore longtemps après, comme l’explique Mariette Faure, responsable de la cellule de crise de Sierre et infirmière dans le domaine de la santé mentale. Selon elle, la peur de la pluie est devenue fréquente chez les nombreuses personnes qu’elle a suivies après les crues, au point de devenir une véritable phobie. « Certains refusent de vivre à côté d’un fleuve ou d’une rivière », a-t-elle observé.
La spécialiste évoque un traumatisme collectif qui ne touche pas seulement les personnes directement concernées. « Ces événements font prendre conscience qu’on est soumis à l’environnement. On peut essayer de gérer les catastrophes au mieux, comme ça a été fait à Sous-Géronde ou à Blatten. Mais ce n’est pas évident de prendre conscience qu’on restera toujours petits face à tout ça. »
![Les inondations à Sierre (ici le 30 juin 2024) ont notamment touché la zone industrielle abritant l'usine de production d'aluminium de Constellium. [KEYSTONE - OLIVIER MAIRE] Les inondations à Sierre (ici le 30 juin 2024) ont notamment touché la zone industrielle abritant l'usine de production d'aluminium de Constellium. [KEYSTONE - OLIVIER MAIRE]](https://www.sierre.net/wp-content/uploads/2025/07/apres-les-catastrophes-naturelles-le-long-chemin-de-la-guerison-psychologique-3.jpg)
Une majorité de personnes sans symptômes
Ce phénomène ne touche évidemment pas que le Valais. A La Chaux-de-Fonds, après la tempête de juillet 2023, ou à Cressier, les mêmes symptômes sont apparus.
![Les dommages causés par la tempête de la Chaux-de-Fonds sont estimés à 117,15 millions de francs. [Keystone] Les dommages causés par la tempête de la Chaux-de-Fonds sont estimés à 117,15 millions de francs. [Keystone]](https://www.sierre.net/wp-content/uploads/2025/07/apres-les-catastrophes-naturelles-le-long-chemin-de-la-guerison-psychologique-4.jpg)
Selon Stéphane Saillant, médecin-chef au centre neuchâtelois de psychiatrie et coordinateur de la cellule psychologique mise en place après la catastrophe à La Chaux de Fonds, si la majorité des personnes s’en sortent sans séquelles, certaines peuvent en souffrir à plus long terme.
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« Huit personnes sur dix vont s’en sortir très bien. Il n’y aura pas d’impact ni de séquelles à long terme. Et 20% uniquement ont un stress aigu ou un stress très aigu, donc sont très choqués dans les heures et les jours qui suivent. Et seulement entre 5 à 10% ont un syndrome de stress post-traumatique à plus long terme. »
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Avec la multiplication des catastrophes climatiques, des groupes d’étude suisses et internationaux se penchent désormais sérieusement sur la question de la prise en charge post-catastrophe, un champ d’étude encore très nouveau en Europe.
![Boue et gravas avaient envahi une partie du village de Cressier (NE) le 22.06.2021. [Keystone - Laurent Gilliéron] Boue et gravas avaient envahi une partie du village de Cressier (NE) le 22.06.2021. [Keystone - Laurent Gilliéron]](https://www.sierre.net/wp-content/uploads/2025/07/apres-les-catastrophes-naturelles-le-long-chemin-de-la-guerison-psychologique-5.jpg)
Dianalice Ramsauer/fgn
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