Dopage en course à pied
«Mon nom a été sali par Sierre-Zinal. Je suis vraiment déçu»
Julien Lyon, le manager de l’athlète kényane Joyline Chepngeno, disqualifiée pour dopage sur Sierre-Zinal, répond aux critiques.

Avant de devenir manager, Julien Lyon était un spécialiste du semi-marathon.
Steeve Iuncker-Gomez
- L’athlète kényane Joyline Chepngeno a été disqualifiée pour une injection d’antidouleur non autorisée.
- L’équipe Milimani subit les conséquences avec l’interdiction de participer à Sierre-Zinal.
- Les gains potentiels très élevés poussent certains athlètes kényans vers des pratiques risquées.
- Julien Lyon envisage d’instaurer des contrôles internes pour prévenir de futurs cas.
Coup de tonnerre à Sierre-Zinal. La lauréate Joyline Chepngeno a été destituée. En cause, la prise d’un médicament interdit, pour soigner un genou. Conséquences: le manager de l’équipe Milimani Runners, Julien Lyon, doit rembourser les primes et les frais offerts par l’organisation.
Il est également interdit de présenter de nouveaux athlètes lors des prochaines éditions de la course anniviarde. Rappelons qu’un de ses protégés, Mark Kangogo, vainqueur en 2022, avait lui aussi été disqualifié pour dopage.
Julien Lyon, quelle a été votre réaction après avoir reçu la nouvelle de la disqualification de Joyline Chepngeno?
Ça a été un gros coup de massue. Ma réaction a été d’appeler immédiatement Joyline pour lui demander des explications. Elle a dit qu’elle avait effectivement fait une injection à Nairobi avec des antidouleurs afin de soigner une douleur à un genou. Je lui ai demandé: «Pourquoi as-tu fait ça? On n’arrêtait pas de dire toutes les semaines qu’il fallait faire très attention de ne pas prendre des médicaments, encore moins une injection sans me consulter.» Elle a répondu: «Ben, écoute, tu m’as dit ça beaucoup de fois et je suis désolée.»
Comment vivez-vous la situation?
Je me demande encore comment Joyline a pu tout gâcher de cette façon. Les dégâts sont énormes pour elle, pour sa carrière personnelle. Elle entraîne aussi toute l’équipe avec elle. Cela nous fait du tort. Mon nom a été sali par Sierre-Zinal. Je suis vraiment déçu, je trouve que c’est vraiment assez lâche de leur part. Je suis devenu le bouc émissaire dans cette histoire, je trouve cela extrêmement choquant et inhumain. J’ai mis ce projet en place il y a quatre ans, avec l’espoir de donner à ces coureurs une chance de briller sur des courses de trail. Jusque-là, personne ne leur donnait cette opportunité. Après le cas en 2022, c’est la deuxième fois qu’un athlète me trahit.
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Au Kenya, on sait que de nombreux athlètes font vivre leur famille grâce à leurs performances. La tentation est grande de prendre des produits interdits. Quelle prévention faites-vous?
On leur rappelle qu’ils doivent se montrer extrêmement vigilants sur la prise de toute médication, de nous en parler en amont. Ce qui les pousse à faire ça, c’est un peu le désespoir. Joyline se trouvait dans une précarité extrême avant de commencer le trail. L’année dernière, elle a remporté deux courses qui lui ont permis de gagner un peu d’argent. Cette année, elle avait de bonnes perspectives. Je pense que tout d’un coup, il y a eu ces gains considérables. Elle s’est dit: «Renoncer à Sierre-Zinal, c’était renoncer à plusieurs milliers de francs.» Je pense que c’est aussi ça qui les pousse à prendre de tels risques.
Pour qu’on puisse comprendre, que représente une prime de victoire pour un athlète kényan?
Si la prime se monte à 10’000 euros, ça représente peut-être 500’000 euros dans leur pays. Ça leur permet d’acheter un champ et puis de planter des légumes, du maïs et d’en vivre. Donc en fait, c’est vrai qu’en une ou deux courses, ça peut être suffisant pour vivre et subvenir aux besoins de leur famille pour le restant de leur vie. En fait, c’est assez énorme. Ça change complètement leur vie.
Dans le cas de Joyline Chepngeno, a-t-elle fait preuve de négligence ou était-ce une volonté de tricher?
Je pense que c’est un mix des deux. Parce que si c’était uniquement de la négligence, elle m’en aurait parlé. Le fait qu’elle ne l’ait pas fait signifie qu’elle a quand même conscience de l’erreur qu’elle commet. Même s’il faut rappeler que la substance qu’elle a prise n’améliore pas ses performances. Le but était de soigner son genou. C’est un corticoïde, en gros, un anti-inflammatoire qu’on injecte pour diminuer la douleur et l’inflammation à un genou.
Bien sûr, il y a un manque d’éducation dans le sens où quelqu’un de sensé ne va pas prendre un risque inconsidéré. C’est un risque que personne ne prendrait chez nous. Il faut continuer de les éduquer. Il y aura des désillusions, il y en a déjà eu deux. J’espère qu’il n’y en aura plus.
Quelles sont les conséquences pour vous, pour Milimani, votre organisation?
Là, on est encore un peu trop à chaud pour prendre des décisions, mais on doit repenser le projet. Personnellement, je suis partagé. Il y a du découragement et en même temps, il y a encore une toute petite flamme qui me dit: «Ne lâche pas, ne baisse pas les bras.» Les obstacles font partie de la vie et il faut savoir les surmonter. L’ironie de la situation, c’est que la vainqueure est Caroline Kimutai, qui fait aussi partie de notre équipe. Sierre-Zinal a fièrement annoncé sa victoire, l’a félicitée sur les réseaux. Et puis, en même temps, ils nous disent que l’an prochain, nos athlètes ne pourront pas courir Sierre-Zinal. C’est quand même assez paradoxal. Ils reconnaissent la victoire propre de Caroline. Et maintenant, ils ne veulent plus qu’elle et les autres coureurs de mon équipe participent à leur épreuve.
Ne plus pouvoir amener de coureurs à Sierre-Zinal, est-ce préjudiciable pour vous?
Non, parce que j’espère que les organisateurs auront le courage de revenir sur leur décision. S’ils ne le font pas, ce n’est pas grave. On n’ira pas à Sierre-Zinal. Aujourd’hui, je tends la perche aux organisateurs, je leur demande: «S’il vous plaît, revenez sur votre décision.»
Vos partenaires et sponsors vous suivront-ils encore après ce cas?
Nous avons déjà eu quelques discussions depuis l’annonce de la disqualification de Joyline, dont une ce mercredi. On se laisse encore le temps de réfléchir comment on va poursuivre l’aventure, mais ils sont solidaires avec moi, avec l’équipe, donc ça, c’est plutôt une bonne nouvelle.
En revanche, Salomon a annoncé lâcher Joyline Chepngeno, c’est juste?
Oui, mais de toute manière, elle est suspendue. Ils sont conscients qu’elle a commis une erreur, malheureusement, elle doit en assumer les conséquences.
Si votre organisation survit à ce cas de dopage, que ferez-vous pour éviter que cela ne recommence?
L’affaire Joyline va nous aider. Ce sera un bon exemple des conséquences que l’on subit quand on agit comme cela. Je pense qu’il faut encore renforcer l’éducation. Reprendre à la base en disant: «Vous encourez des risques, vous serez suspendus. Ça ne vaut pas le coup.» L’idée, si des partenaires nous permettent de le faire, serait d’instaurer des contrôles à l’interne. Déjà pour dissuader et puis éventuellement voir des anomalies si des athlètes font des erreurs. Et selon moi, les suspensions sont trop légères. Elles ne sont pas assez dissuasives.
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