Entretien avec Chris McSorley
«Personne ni aucune famille ne devrait être traité ainsi»
Tandis que les tensions avec Genève-Servette sont vives et un procès toujours en cours, Chris McSorley a remis sa casquette de coach et veut propulser Sierre vers la National League.

Chris McSorley veut aller de l’avant avec le HC Sierre, qu’il espère ramener dans l’élite d’ici à 2030. Mais le conflit avec Genève-Servette, toujours en cours, l’a épuisé mentalement et physiquement.
Florian Cella / Tamedia
- L’ancien coach et manager de Genève-Servette dirige désormais le HC Sierre, où il a remis sa casquette de coach.
- Le projet sierrois comprend une nouvelle patinoire et un complexe immobilier pour 2030. Le HC Sierre veut retrouver l’élite d’ici-là.
- Chris McSorley évoque son divorce délétère avec Genève-Servette, qui l’a profondément affecté. Un procès est toujours en cours.
Chris McSorley a lancé des équipes là où il n’y en avait pas, de l’Amérique du Nord à Londres, puis redonné vie au hockey à Genève au début des années 2000. Le voilà désormais à Sierre pour hisser le club en National League et l’accompagner vers une nouvelle patinoire attendue en 2030.
Chris McSorley raconte son retour au coaching, sa relation avec la langue française et le Valais, ainsi que son divorce délétère avec Genève-Servette.
L’annonce de votre retour en tant que coach en Swiss League a été une surprise. Pourquoi revenir maintenant?
Je me sens comme un poisson de retour dans l’eau. J’avais prévu de revenir au coaching en 2026, je le fais juste avec un an d’avance. C’est probablement ce que je fais de mieux. Je connais mes limites en dehors du domaine sportif, et j’ai la chance d’avoir à mes côtés une forte équipe administrative. Mon travail est beaucoup plus simple.
Vous aimez construire en partant de zéro. Qu’est-ce qui vous attire dans cette démarche?
Cela remonte à mes débuts de coach en Amérique du Nord. J’ai commencé avec des équipes qui n’existaient pas encore, de nouvelles franchises à Richmond (Virginie) et Toledo (Ohio). Ensuite, j’ai rejoint le groupe Anschutz pour bâtir une équipe championne à Londres. Plus tard, j’ai répondu à l’appel de Monsieur Torriani pour venir à Genève et y construire un candidat à la promotion et, finalement, une équipe championne. Fin 2020, un ami de Sierre m’a contacté avec un nouveau projet. J’ai eu la chance d’être disponible au bon moment. Notre travail repose sur trois piliers: le développement de la nouvelle patinoire, la transformation du club en une équipe de National League, et le développement de l’académie et du mouvement juniors. Nous avançons sur ces trois fronts avec l’objectif de les aligner à l’horizon 2028-2029. Pour être précis, nous prévoyons d’inaugurer la nouvelle patinoire en 2030.
À Sierre, sentez-vous déjà un fort engouement, ou tout le monde attend 2030?
Le vote du Conseil général, le 11 décembre, a été une grande victoire. Mais le véritable tournant est venu avec le référendum public du 15 juin. Près de 64% des votants se sont exprimés en faveur du projet. Le message était clair: les gens veulent une nouvelle patinoire, ils veulent rêver à nouveau, et ils veulent retrouver du hockey de National League après trente-cinq ans d’absence. Se réveiller le 16 juin a tout changé. Nos objectifs ont évolué. Notre budget a augmenté, nous avons attiré de nouveaux sponsors et la motivation du club a radicalement changé. Nous avons désormais le compte à rebours en tête pour bâtir une équipe capable de viser la promotion.
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Pourriez-vous rejoindre la National League avant 2030?
Quelques rénovations et ajustements seraient nécessaires à Graben, mais nous sommes confiants de pouvoir répondre aux exigences d’infrastructure de la National League, puisque la nouvelle patinoire est déjà en chantier. Pour nous, l’idée excitante est de bâtir une équipe de National League à Sierre et de l’«accompagner» jusqu’à la nouvelle patinoire.
Comment est la relation avec Viège? Ne vous considèrent-ils pas comme le voisin bruyant venu prendre leur place?
Je peux être agaçant, c’est sûr. Mais nous avons beaucoup de respect pour les dirigeants du HC Viège, ce sont tous des gens formidables. Par nature, je n’aime aucun adversaire entre août et avril. Mais hors saison, les relations sont toujours bonnes. Le reste du temps, je suis compétitif par défaut.
Êtes-vous un coach différent de vos meilleures années à Genève?
Je suis meilleur. On ne peut pas coacher aujourd’hui comme il y a vingt-cinq ans. Les joueurs sont différents. Les entraîneurs doivent l’être aussi. Il faut plus de rencontres individuelles, gérer les relations humaines, écouter. On ne peut pas être un dictateur, sinon le jeu vous échappe. Je crois que cette saison pourrait figurer parmi les meilleures de ma carrière. Je me sens à l’aise derrière le banc.
Comment les joueurs ont-ils réagi?
Dès le premier jour, j’ai senti leur confiance, et j’ai moi-même une grande confiance en eux. Je pousse fort. Nous avons placé la barre si haut qu’elle paraît presque inatteignable. Chaque jour, nous parlons d’être excellents. J’adore ces 25 gars. C’est peut-être le groupe le plus admirable que j’ai jamais coaché. Pourtant, j’ai travaillé avec des centaines, voire des milliers de joueurs. À Sierre, il n’y a qu’une seule personne agaçante dans la pièce, et c’est moi. Ils s’entendent tous très bien. C’est un vrai plaisir de venir travailler chaque matin.

Chris McSorley a retrouvé le coaching sur le banc du HC Sierre.
Pascal Muller/freshfocus
Votre patte tactique créative et surprenante, comme demander à un défenseur de tirer depuis l’autre bout de la glace, est-elle toujours là?
Encore plus! Si vous regardez les statistiques, nous tirons presque 50 fois par match en moyenne. Le fait d’être à la fois manager et coach me permet de définir clairement notre style. Nous jouons un hockey offensif unique, dominant, à haut risque. Nous jouons un hockey de pression, un peu comme Zoug mais sous stéroïdes! Nous sommes ultra-agressifs sur le puck. Jusqu’ici, c’est très gratifiant.
Sortez-vous toujours votre gardien lors des 5 contre 3?
C’est encore dans ma manche. Je n’ai pas encore essayé cette saison, mais ça viendra. Même le «New York Times» en avait parlé quand je l’avais fait la première fois avec Genève! Je suis retombé sur l’article récemment. Ce coup-là, je le garde pour plus tard.
Où en est la situation avec Genève-Servette et le procès en cours?
J’ai proposé à plusieurs reprises de trouver une solution, mais ils n’ont jamais fait d’offre sérieuse. Tout ce qu’ils font, c’est gagner du temps. Les seuls qui en profitent aujourd’hui, ce sont les avocats. Tout ce que j’ai toujours voulu, c’est régler cette affaire. Que ce soit clair: ce qu’ils ont fait à ma famille et à moi-même, le harcèlement, le départ forcé, la manière dont ils m’ont traité puis m’ont licencié, un jour, ils devront en répondre. Pour moi, c’est simplement triste que la Fondation 1890 n’ait pas pris ses responsabilités pour mettre fin à tout ça. Parce que ce qui s’est passé est une véritable tragédie. Personne, aucune famille, ne devrait être traité ainsi.
Comment avez-vous géré tout ce qui s’est passé en coulisses?
S’ils m’avaient dit: «Ta tête ne nous plaît pas, serrons-nous la main et séparons-nous», je serais parti. Mais la manière dont ils l’ont fait… M’interdire de prendre le bus de l’équipe et d’aller aux Vernets, m’humilier en me forçant à rester dans un minuscule bureau vitré, sans aération ni chauffage, à La Praille, ça n’avait aucun sens. Ils m’ont retiré le coaching, effacé mon nom du restaurant aux Vernets sans même me prévenir. La liste est longue… Ou m’obliger à faire des allers-retours à Davos, Ambri et Lugano au milieu de la nuit, puis fixer des réunions à 8 heures à Genève le lendemain matin. Ils m’ont même dit que j’étais «trop vieux», à 58 ans, avant de résilier mon contrat sans préavis. Cela m’a épuisé physiquement et mentalement. Au début, j’étais déçu. Avec le temps, je suis devenu profondément frustré. Ce qui aurait pu être résolu si facilement s’est transformé en des années de conflit. Pour moi, la solution est un simple coup de fil et nous pouvons mettre fin à tout cela dès demain.
Qu’est-ce qui vous a le plus blessé?
La façon dont ils traitaient les personnes qui m’entouraient. De voir les menaces qu’ils ont proférées pour que ceux que j’aime s’expriment en ma défaveur. De voir à quel point cela affectait mon fils et détruisait ma famille. D’être témoin de la manière dont ils ont licencié mes collègues et des dommages causés aux personnes que j’aime. Voici ce qui m’a le plus blessé.
Avez-vous encore des attaches à Genève?
Non. Pour moi, ce chapitre est clos. Et par nature, une fois que je sais que je dois partir, je pars. Le prochain endroit où je vais sera le meilleur, parce que je suis quelqu’un de très optimiste. Dès que j’ai compris que je devais tourner la page, j’ai mis toute mon énergie dans la prochaine ville, le prochain projet.
Sierre et le Valais, ce n’est pas trop étroit pour vous?
Pas du tout. Ma famille est très heureuse. Les déplacements sont faciles, la ville est agréable, et les gens nous ont accueillis chaleureusement. Avec la vision des politiciens, de la Ville et des investisseurs derrière le projet de la nouvelle patinoire, nous avons l’occasion d’impacter positivement 350’000 habitants en Valais. C’est un honneur de contribuer à un projet qui peut amener ce club en National League et vraiment faire la différence.

Chris McSorley se sent «comme un poisson de retour dans l’eau» depuis qu’il a repris ses activités de coach avec le HC Sierre.
Florian Cella / Tamedia
Voyez-vous des similitudes avec votre arrivée à Genève au début des années 2000?
C’est presque du copier-coller. Sierre a fait un excellent travail avec un petit budget, tout en gardant un solide mouvement juniors et des résultats honorables en Swiss League. Maintenant, je suis là pour apporter du capital frais et de nouvelles idées, en les mariant à ce qui fonctionne déjà. C’est une très bonne alchimie et c’est rafraîchissant.
Quand vous regardez la National League à laquelle vous aspirez, comment la trouvez-vous?
C’est incroyable. Le travail et les deux médailles d’argent consécutives de Patrick Fischer avec l’équipe nationale ont rendu le hockey plus populaire que jamais en Suisse. La National League est de mieux en mieux chaque année. Les joueurs sont plus grands, plus forts, plus rapides, plus techniques. On voit des guichets fermés et des listes d’attente à Fribourg ou Lausanne. Ce succès a inspiré des projets comme la nouvelle patinoire de Sierre, avec l’ambition d’accueillir un jour une équipe de National League en Valais. J’aime toujours me faufiler incognito, m’asseoir seul et regarder un match. J’ai hâte d’y replonger pleinement d’ici à trois ou quatre ans.
Faut-il réduire le nombre d’étrangers ou la formule actuelle à six est-elle la bonne?
La formule à quatre étrangers fonctionnait très bien. C’était l’équilibre parfait. Il y a tellement de bons joueurs suisses et des jeunes très capables, il faut juste leur donner leur chance. Le système actuel finira par affecter la qualité de nos programmes nationaux, même si cela ne se voit pas encore pleinement.
On parle d’introduire à terme un salary cap ou un contrôle financier. Qu’en pensez-vous?
J’ai toujours cru au fair-play financier et à une plus grande égalité entre clubs, afin que chaque équipe ait une vraie chance, comme en NHL. Aujourd’hui, ce sont toujours les clubs riches, ceux des grands marchés, qui se battent pour le titre. Cela ne changera pas tant que la ligue ne poussera pas pour davantage de parité et une régulation des dépenses. L’ordre établi ne bougera pas sans un modèle de fair-play financier.
Où en est votre français après toutes ces années en Suisse?
Je suis plus à l’aise pour communiquer avec des inconnus qu’avec des amis, et je comprends aussi bien mieux le français que je ne laisse paraître. Je plaisantais autrefois en disant que si vous ne parlez pas la langue, vous n’avez pas à écouter vos critiques. Mais il est temps de faire une immersion complète. On ne peut pas vraiment vivre en Valais sans le français. Ici, c’est essentiel. Je suis jaloux de la facilité avec laquelle les Suisses parlent plusieurs langues. Il est temps pour moi de m’y mettre sérieusement. Je n’ai vraiment plus d’excuse!
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