AboSierre-Zinal 2025
Plongée au cœur de la nuit, dans les entrailles du mythe de Sierre-Zinal
À l’heure où certains finissent leur soirée, d’autres se frottent à la légende des cinq 4000. Avant l’aube, entre la perte de repères et les ombres de la forêt, le saut dans l’inconnu prend tout son sens.

Sur les 6000 coureurs de Sierre-Zinal, les deux tiers partent au petit matin. Les plus rapides ne voient les premières lueurs du jour qu’une fois arrivés à Ponchette, en haut de la première montée.
Louis Dasselborne
Un fêtard et un flic se prennent la tête pour une histoire pas claire. Trois jeunes savourent la dernière clope de leur soirée sur les escaliers de la place de la Gare. Les effluves de bière et les poubelles trop pleines annoncent la transition. Le monde de la nuit, le vrai, cède sa place à celui de la course à pied. Le choc des cultures s’effectue sans friction dans un Sierre qui se réveille avant l’heure à un rythme qu’il connaît bien. Celui du deuxième samedi d’août. Celui de Sierre-Zinal.
Le mythe de l’événement s’est taillé dans les prouesses de ses vedettes, forgé dans la sueur de la mi-journée. Mais la légende ne serait rien sans ses populaires, qui s’élancent pour la plupart bien avant les premières lueurs de l’aube. Un mythe est fait d’histoires et d’incertitudes, à la croisée du vrai et du vraisemblable. La nuit qui enveloppe le départ de ces milliers de coureurs est propice à servir le grand récit de Sierre-Zinal.
À Sierre, le piège de la première marche
C’est l’Hôtel de Ville sierrois qui fait office de premier point de passage. Plongée solennelle avant que tout ne soit plus qu’ascension. La lumière de la façade invite au songe. L’odeur de ces bâtiments qui ont vécu renvoie au passé. Même quand on ne peut les distinguer, on se sent petit au pied des montagnes. Sierre-Zinal, qui grandit depuis 1974, en est une.

Les établissements sierrois ont adapté leurs horaires pour servir un dernier café avant le départ.
Louis Dasselborne
Certains manquent de voir leur course leur filer sous le nez en trébuchant sur la seule marche de la place. La démarche chancelante digne d’un samedi à 3 h 30 devra vite laisser place au pas assuré obligatoire pour qui entend rejoindre Ponchette, puis Chandolin, l’Hôtel Weisshorn et la destination finale. Deux participants tentent de digérer le réveil brutal en se persuadant qu’ils ont bien fait de ne pas attendre le départ de 11 h, qui voit s’élancer le dernier tiers des engagés. «On arrivera en haut avec les premiers rayons du soleil. C’est bon pour le moral.»
Cette ambiance, Stefano ne l’aime pas trop. Dans cette navette qui le conduit au départ, dont la lumière tantôt tamisée, tantôt éblouissante joue avec les nerfs de ses habitants, cet habitué a l’esprit tracassé et l’estomac noué. Le stress l’a gagné. «Ça allait mieux pendant les éditions Covid en contre-la-montre. On se pointait au départ et feu! C’était parti.» Il n’en veut pas vraiment à une course qu’il semble adorer. Ses sautes d’humeur témoignent plutôt d’une impatience largement partagée autour de lui. Et d’une appréhension qui touche même les plus aguerris.

L’impatience d’avant-course pousse à soigner chaque détail.
Louis Dasselborne
Bientôt, ils ne seront plus que des points engloutis dans la forêt. Mais il est encore l’heure de se faire tromper par son esprit, d’imaginer la forêt plus hostile qu’elle ne l’est, le mythe plus inaccessible que jamais.
Qui a des amis coureurs à Uri?
Devant l’arche de départ, le speaker se donne un mal fou pour faire redescendre la pression. Il passe un appel en vue de l’année prochaine à ceux qui auraient un ami à Uri, seul canton suisse non représenté lors de cette 52e édition. Il loue «la modestie» des coureurs du deuxième bloc, «l’intelligence» de ceux du troisième, et avoue à ceux du quatrième qu’ils sont ses préférés. Quel sens à tout ça? Aucun. Et ça marche. Les sourires se fraient un chemin au milieu d’une foule concentrée.
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Ici, des grandes théories sur l’importance de partir vite pour éviter les embouteillages des premiers kilomètres. Là, des thèses sur le meilleur chemin à emprunter, entre la version Niouc et l’itinéraire Saint-Antoine. La route cantonale, fermée et transformée en zone d’échauffement, permet les derniers ajustements. Elle jurerait dans le décor si elle ne présentait pas un léger faux plat. «Voilà, j’ai déjà plus couru que ces deux dernières semaines», sourit un jeune homme, pas à l’abri d’une mauvaise surprise dans sa traversée vers Zinal.

Les lumières aveuglantes du départ cèdent rapidement leur place au sommaire faisceau lumineux de la frontale.
Louis Dasselborne
Florian ne connaîtra pas la douleur de l’épreuve anniviarde. Il l’aurait pourtant préférée à celle de devoir renoncer. «Une pétée au foot jeudi. C’est le tibia qui a pris», grimace-t-il en tendant ce dossard qu’il ne pourra honorer. Pour ajouter à ses regrets, la sono crache désormais de la musique épique. Celle du premier départ. Un coup de pistolet, et la fosse qui servait à retenir les premières centaines de coureurs se vide. C’est là, dans cet écho en miroir, que Sierre-Zinal s’apprête à devenir vraiment magique.

Pour voir le jour en forme, il faut avoir gardé la tête froide pendant la nuit.
Louis Dasselborne
En bas, des milliers d’athlètes attendent encore leur tour. En levant la tête, juste sous les étoiles, ils peuvent apercevoir se former la longue procession des lampes frontales des premiers partants, qu’ils rejoindront bientôt à leur tour. Dans la forêt, les corps en plein effort entendent quant à eux les coups de pistolet annonciateurs d’une nouvelle vague de départs. Un repère temporel pour certains, un rappel à ne pas traîner pour d’autres. Pour Sierre-Zinal, le symbole de l’éternel recommencement qui façonne le mythe. À l’horizon, le jour se lève déjà…

Les premiers participants s’élancent avant le lever du jour.
Louis Dasselborne
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