Swiss League: la deuxième division menace de saisir la justice


La Swiss League dans l’impasse

Le hockey suisse végète dans une situation «malsaine»

Match de hockey à huis clos entre le HC Sierre et le HC Ajoie à la patinoire du Graben à Sierre, 2 décembre 2020.
En bref:
  • La Swiss League s’affaiblit face à une National League devenue prospère et toujours plus puissante. La promotion directe vers l’élite reste un point sensible.
  • Le fossé économique se creuse. Le plus petit budget de NL dépasse largement le plus haut budget de Swiss League.
  • La disparition de clubs et l’instabilité structurelle menacent l’avenir de la deuxième division.

La fracture s’élargit entre une National League (NL) omnipotente et une Swiss League (SL) qui lutte pour préserver son avenir. D’un côté, une élite en plein essor, juridiquement indépendante, forte d’un modèle économique solide et d’un pouvoir politique écrasant. De l’autre, une deuxième division dont les bases financières s’effritent, coincée dans un no man’s land entre professionnalisme et amateurisme, et confrontée à des perspectives sportives qui se réduisent d’année en année.

Au cœur du malaise, la promotion directe. Depuis plusieurs saisons, la fenêtre permettant à un club de Swiss League de rejoindre la NL ne cesse de rétrécir. Le barrage, calibré pour minimiser les risques du dernier de l’élite, verrouille presque toute possibilité d’ascension.

Un constat implacable renforcé par le CEO du HC Viège, Sébastien Pico, qui parle d’une situation «structurellement malsaine» et d’un système qui se dirige «de plus en plus en direction d’une ligue fermée. La NL est comme un cartel dans lequel il est impossible d’entrer, avec pour conséquence de tuer la compétitivité et l’attractivité de la Swiss League, l’ambition des clubs et les nouveaux projets», regrette le dirigeant du club haut-valaisan.

Dans «Le Nouvelliste», le président du HC Sierre, Alain Bonnet, résumait ainsi cette impuissance: «La NL n’attend rien de nous. Elle est composée de quatorze clubs qui décident de l’avenir du hockey professionnel. Nous ne sommes que spectateurs. Nous proposons, ils refusent.»

Une promotion directe illusoire

L’idée d’un recours à la Commission de la concurrence revient de plus en plus dans les discours. En 2007, le HC Bienne avait menacé de saisir les tribunaux civils, estimant que l’élite violait la loi sur la concurrence. «À Viège, nous privilégions le dialogue. Mais au bout d’un moment, si on n’est pas entendu, il faut envisager d’autres voies», soupire Sébastien Pico.

Le dirigeant valaisan regrette aussi l’attitude des clubs promus ces dernières années: «Ils se sont battus à nos côtés par le passé pour obtenir davantage d’équité. Mais depuis qu’ils sont établis en National League, ils n’en ont plus rien à faire…» Une allusion directe à Bienne (promu en 2008), Lausanne (2013), Langnau (2015), Rapperswil (2018), Ajoie (2021) et Kloten (2022).

Pourtant, la Swiss League ne fait pas que critiquer. Elle tente aussi d’agir. Une étude menée par une agence marketing a dégagé sept pistes – dont quatre en lien direct avec la NL – censées renforcer cette division en perte d’équilibre. La promotion directe reste la pierre angulaire, mais toute réforme dépend du bon vouloir de l’élite. Le refus de réintroduire la Coupe de Suisse, pourtant un outil de visibilité nationale, l’illustre parfaitement: la NL – qui n’a pas souhaité s’exprimer sur les divergences entre les deux ligues – préfère quatre journées de championnat supplémentaires à une ouverture vers les régions du pays.

Fossé économique entre Swiss et National League

Ce blocage s’explique aussi par une dynamique économique devenue irréversible. La NL prospère et ne peut être contrainte ni à augmenter ou réduire son nombre d’équipes ni à subventionner la Swiss League. Le contraste entre les deux ligues s’est creusé. Le plus petit budget de NL (Ajoie) atteint 14 millions de francs, soit plus du double des plus hauts budgets à l’échelon inférieur. «La pointe de la pyramide se porte très bien. Mais tout le reste s’appauvrit. On se retrouve dans un cercle vicieux», constate Pico.

Cette fragilité alimente une incertitude chronique. Pensée pour douze équipes – il y en a onze actuellement – la SL n’a plus atteint cette taille depuis longtemps. Les disparitions récentes de Langenthal et Martigny, les menaces de retrait de Winterthour, les doutes autour de Bellinzone dessinent un paysage instable. La question du développement des talents ajoute une couche de complexité et touche à l’identité même de la ligue. Sa mission est-elle la formation?

Le président du HC La Chaux-de-Fonds, Olivier Calame, appelle à l’apaisement et à une vision plus large: «Le problème, c’est que chacun ne pense qu’à lui-même. On oublie le hockey suisse dans sa globalité. On doit être capable de prendre un peu de hauteur et d’avoir une réflexion qui va dans les intérêts de toute la pyramide.» Calame rappelle qu’avant la pandémie de Covid, le hockey suisse avait su agir collectivement: «Tout le monde a réagi de manière émotionnelle et s’est serré les coudes (ndlr: promotion directe, mais pas de relégation). Mais on n’est pas allé au bout du problème puisqu’on a oublié de régler le retour à la normale…»

Fracture dans le hockey suisse

Calame insiste sur le potentiel intrinsèque de la deuxième division helvétique: «La Swiss League est une start-up et il est vrai que nous nous sommes aussi égarés sur certains points. Par contre, sportivement, le produit est bon, le niveau augmente. Des clubs comme le nôtre, mais aussi Viège et Sierre notamment, se développent et sont solides financièrement. Pour trouver des solutions et des compromis, nous devons simplement discuter et prendre de la hauteur.»

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Le cas du HC Sierre, dont la nouvelle patinoire est prévue à l’horizon 2030, cristallise la distance entre les deux mondes. Le club valaisan, pénalisé par ses infrastructures d’un autre temps, n’a pas obtenu de licence provisoire pour briguer dès à présent une promotion dans l’élite. Début octobre, dans «Le Matin Dimanche», Chris McSorley assurait pourtant: «Quelques rénovations et ajustements seraient nécessaires à Graben, mais nous sommes confiants de pouvoir répondre aux exigences d’infrastructure de la National League, puisque la nouvelle patinoire est déjà en chantier.» L’élite demeure toutefois seule habilitée à accorder une dérogation.

La National League bénéficie d’une sécurité sportive, d’un pouvoir décisionnel et d’un confort financier qui ne l’incitent pas à revoir son modèle. La Swiss League, elle, tente de préserver son rôle, son identité et sa fonction structurante au sein du hockey helvétique. Sans un rapprochement réel, la deuxième division risque de poursuivre sa lente érosion. Et avec elle, un pan entier de l’écosystème du hockey suisse.

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