Des diamants russes en Suisse

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La Russie est le premier exportateur mondial de diamants. Les gemmes russes n’étaient encore soumises jusqu’ici à aucune sanction européenne, mais la situation va changer dès janvier 2024 après l’adoption par l’UE d’un 12e paquet de mesures contre la Russie. L’an dernier, plusieurs kilos de diamants russes ont atterri en Suisse.

L’exportation de diamants russes est un commerce qui rapporte des milliards de francs et qui fait fi, pour l’instant, des conséquences de l’invasion de l’Ukraine. La Russie se classe en effet au premier rang mondial des exportateurs et les volumes n’ont pratiquement pas chuté depuis le début de la guerre, atteignant quelque 3,6 milliards d’euros (3,4 milliards de francs au cours actuel) en 2022. En Europe, le secteur échappait jusqu’à maintenant à toute sanction.

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La société Alrosa, qui contrôle 90% de ce marché, contribue pourtant directement et indirectement à l’effort de guerre russe. D’abord parce qu’elle est aux deux-tiers en mains étatiques, ensuite parce qu’elle finance le sous-marin militaire qui porte son nom: l’Alrosa, déployé en mer Noire.

Présence en Suisse

A qui ces diamants russes sont-ils vendus? Certains arrivent-ils sur le marché suisse? En 2022, la Suisse a importé directement 22 kg de ces pierres précieuses, dont 9 kg de diamants bruts au moins à Genève, d’après les informations recueillies par l’émission A Bon Entendeur de la RTS. Mais les importations directes ne représentent que la pointe de l’iceberg. En effet, les diamants russes sont largement exportés vers l’Inde, Dubaï ou la Chine avant d’être réexportés à travers le monde, une opération à travers laquelle la mention de leur origine disparaît.

Un nouvel acteur se profile également dans ce rôle d’intermédiaire entre Russie et Occident: l’Arménie, où les pierres sont polies et taillées. « En raison de la situation en Ukraine, de l’apparition de nouveaux marchés et grâce à la tradition arménienne de taille et de polissage des diamants, notre secteur diamantaire se développe », explique Arevik Margaryan, cheffe du secteur minier du ministère de l’Economie arménien. « Les diamants bruts viennent tous de Russie. Les diamants polis, eux, viennent de Russie, mais aussi des Emirats arabes unis, de Belgique et d’Inde ».

Interrogée sur les clients des diamants taillés en Arménie, elle répond qu’il s’agit de « Hermès, Tiffany, Patek Philippe etc. ». « Ces informations m’ont été transmises par les entreprises de diamants qui travaillent avec ces marques. C’est grâce au professionnalisme de nos maîtres-artisans que Patek Phlippe et d’autres travaillent avec nous », précise-t-elle. Dans un article de la presse spécialisée, elle évoque également le nom de Cartier.

Origine difficile à certifier

L’horlogerie suisse utilise-t-elle donc des diamants russes? « Patek Philippe accorde une grande importance à l’approvisionnement éthique et à la responsabilité des entreprises et est consciente de la complexité du marché mondial du diamant », répond laconiquement l’entreprise genevoise. Cartier, pour sa part, s’en remet à ses fournisseurs. « Nos fournisseurs certifient que les diamants polis que nous achetons n’ont pas été extraits en Russie après le début de la guerre. Un de nos fournisseurs qui a un site de production en Arménie a été récemment contrôlé par une entité indépendante », précise le joaillier et horloger.

De fait, tracer l’origine des diamants est extrêmement complexe. « Je ne pourrais pas dire qu’il n’y a pas de diamants russes ici », admet Ronny Totah, fondateur du salon spécialisé GemGenève, interrogé dans le cadre de la manifestation. « Quand les Suisses vont acheter des pierres taillées en Inde, par exemple, c’est difficile de savoir d’où vient la pierre », ajoute-t-il. « Moi, je n’ai pas trouvé la solution ».

Pour Hans Merket, chercheur à l’International peace information service (IPIS) et spécialiste du diamant, la situation suisse interpelle. « En Suisse, particulièrement dans l’industrie des montres, on utilise beaucoup de petits diamants. Dès lors, il est difficile de se passer des diamants russes », explique-t-il. « Globalement, on considère que la Russie assure un tiers de la production mondiale de diamants. Mais dans le secteur des petits diamants, la Russie assure 60 ou 70% de la production. Donc l’industrie horlogère dépend fortement de ces diamants russes ».

Aujourd’hui, l’étau se resserre autour des diamants russes. Après des mois de discussion, le G7 vient en effet d’annoncer des restrictions progressives au niveau de leur importation à partir de l’année prochaine. Et le 12e paquet de sanctions de l’Union européenne contre Moscou vise spécifiquement les diamants russes. Mais la mise en oeuvre d’un système de contrôle s’avère particulièrement complexe, vu le nombre d’acteurs et de pays concernés. Il est par ailleurs impossible à déterminer avec certitude l’origine d’un diamant sur la base d’analyses scientifiques.

Gabriel Tejedor/edel

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